Nadelgrat

11 et 12 août 2018

Les anniversaires, je n’ai jamais beaucoup aimé ça. Fêter son rapprochement avec l’inéluctable c’est un peu morbide.
Je mets donc un point d’honneur à passer ce cap en montagne, loin de tout, avec quelques copains qui me font du bien à l’âme.
J’aime aussi passer cette date aux côtés des glaciers car les deux on se ressemble; des êtres qui souffrent de ce monde qui avance plus vite qu’eux et qui sont voués à disparaître.
L’idée que je vais probablement disparaître main dans la main avec les glaciers me réconforte autant que cela me terrifie.

La Nadelgrat, ça fait un moment que je veux y aller et pour ces deux jours j’ai le plaisir de les passer en compagnie du Chiot.
L’alpinisme est comme une opération militaire contre une armée de pics qui nous fascinent: Une préparation minutieuse est nécessaire. Même si on se targue de grimper « à l’arrache » on doit quand même faire un minimum. Logistique, vivres, bivouac, itinéraire, replis, météo etc…

Pour le peu de préparation que nous faisons, on se rend compte de deux choses. 1: la Bordierhütte est pleine. 2: Le couloir d’accès pour le Dirrujöch ne passe plus.
On décide donc de 1: Bivouaquer. 2: De faire l’intégrale de l’arête depuis le Gallenjoch pour éviter le couloir. Parfois les plans B se trouvent être une meilleure option que le A.
On part donc depuis Gasenried jusqu’à notre lieu de bivouac. La montée est magnifique dans un vallon sauvage puis une dernière grande montée dans un décors minéral jusqu’au col.
Petite soirée à profiter du coucher de soleil qui s’en va derrière la reine des lieux: Le Weisshorn.
Même si l’on pense que nous dormons dans un univers trop hostile pour la vie et que donc rien ne viendra perturber notre sommeil, il n’en est en fait rien. La montagne vit et bouge. Nous sommes plusieurs fois sorti du monde des rêves par des chutes de séracs, chutes de pierres et du vent qui nous chante sa glaciale symphonie.
4h. Il est temps de passer le cap le plus difficile de la journée. Sortir de son duvet, avaler quelque chose qui ne passe pas, boire un peu d’eau en faisant attention d’en avoir assez pour le reste de la journée. Alpinisme, affaire de dosage.

Après les premiers pas, le stress habituel d’avant course se dissipe comme par magie pour laisser place à un état de légèreté extrême qu’on conservera encore bien des heures une fois de retour en plaine.
Le cerveaux, état major du corps, impose des travaux de forçat au corps bien au chaud dans son liquide. Le rythme des pas allonge la courbe du temps. La machine commence à se réchauffer, tout prend son sens à cet instant.
Nous sommes encore de nuit mais déjà, le premier sommet; le Dirruhorn pointe le bout de son nez. Sous le sommet, le soleil se lève et je profite de cette courte minute pour immortaliser le plus beau moment de la journée.
Premier sommet est atteint. On descend rapidement au col par une arête facile. Pas le temps de traîner, il nous en reste encore 3.
A quelques pas du col, Théo est devant. Il descend d’un gros bloc puis pousse une exclamation. On n’a pas pour habitude de parler beaucoup en montagne et je prends ce cri de voix pour un danger le pensant glisser. Je tire la corde mais me rend compte rapidement que le problème ne vient pas de là. Il avait juste réveillé deux bouquetin qui dormaient au col à 3900m d’altitude ! Sur le coup, nous avons eu autant peur qu’eux et nous nous excusons auprès des propriétaires des lieux de les avoirs dérangés.
Nous sommes maintenant sur la neige et arrivons au second sommet; le Hohbärghorn.
Une rapide descente en neige et une jolie remontée par une arête éfilée et nous voici déjà au sommet du Stecknadelhorn.
Petite désescalade puis une variante pour éviter les plaques de glaces sous le sommet du dernier sommet et voilà que nous sommes déjà au bout, au sommet du Nadelhorn.
Ici on rencontre pas mal de monde venant depuis la voie normale. On se dépêche donc de descendre pour rejoindre le Riedgletscher. Fin de descente sur le glacier mouvementée à éviter les chutes de pierres et les crevasses, « Bière Lime » (comme on a coutume de dire en Valais) et voilà une magnifique boucle bouclée !

Merci Théo, merci !

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