20.07.2020

Il y a des ascensions pour lesquelles on en garde un souvenir particulier. Une magie qui opère, une suite de coups de chance qui se succèdent. Celle-ci en fait partie et voici comment cela s’est passé:
Je suis aux Grisons, nous venons de souper avec Maxime dans le restaurant « Corona » de Vicosoprano. Dans son van, la veille de grimper la Fiamma d’Albigna, je suis en train d’écrire des messages à Tatiana. Elle me propose d’aller en montagne avec elle, j’accepte !
Le Zinalrothorn est un sommet pour lequel j’ai gardé les meilleurs souvenirs, un rocher si pur avec une vue impressionnante.
J’ai donc ça en tête mais j’ai envie d’aller faire un sommet qu’elle rêve de faire. Je lui demande donc où elle voudrait aller, elle me répond le Zinalrothorn car elle le vois depuis la maison. Magique !
Il est dimanche. On s’apprête à partir pour la cabane du Grand-Mountet. Il est 8h00 et je suis en train de faire du Paddle sur le lac de Géronde.
Vers 11h00 on se rejoins à la gare et prenons le car direction Zinal.
C’est parti ! Nous remontons le beau vallon de Zinal rapidement.
Quand nous arrivons proche de la cabane, nous avons alors une vue dégagée sur le sommet. Les conditions semblent parfaites !
Douce soirée à Grand-Mountet. Je suis d’humeur relax, bouillonnant d’impatience d’être demain et de grimper ! Nous faisons connaissance avec les autres cordées. 2 filles Autrichiennes hésitent à faire la Rothorngrat et me posent pas mal de questions. Une seconde cordée de français sympathiques iront faire la voie demain. On discute de la stratégie ensemble, surtout pour le labyrinthe des crevasses demain matin de nuit.
Réveil 2h15. On se force à aller au lit sans être fatigués, comme d’habitude.
Courte nuit. On se force à avaler une tranche de pain, comme d’habitude.
Connaissant l’itinéraire, j’ai prévu le coup et j’ai mis la trace de l’approche sur mon GPS nous faisant gagner un temps précieux. Les français nous suivent. Je leur avait préalablement invités à nous faire confiance et nous suivre étant à 100% sûr du cheminement entre les crevasses. Nous arrivons donc sans encombre au pied du couloir d’accès. La glace est proche mais nous montons rapidement jusqu’au col.
Le jour est en train de se lever. Je regarde Tatiana et remarque que quelque chose ne va pas: elle est congelée. Je lui propose ma doudoune que d’abord elle refuse puis fini par accepter. Je la vois reprendre des couleurs, c’est parti pour la grimpe ! Les beaux passages se succèdent. Le rocher est excellent. l’itinéraire logique, nous avançons vite ! Les français nous avaient dépassés au col pendant que j’essayais de convaincre Tatiana de prendre ma doudoune. Nous les rattrapons puis je leur demande si je peux passer devant vu notre différence d’allure. Le ciel est en feu, le temps suspendu. Nous ne pensons qu’au moment présent. Nous sommes dans ce doux état euphorique et profitons à fond de l’instant. Derrière nous se dresse le Cervin qui a d’ici une allure impressionnante. Nous faisons la jonction avec la voie normale au « Gabel ». L’ambiance change. nous étions il y peu sur une arête sauvage, personne devant, le français une centaine de mètres derrière. Maintenant il y a foule et ces cordées n’avancent que lentement. Nous les dépassons au mieux en essayant de les gêner le moins possible. La croix est en vue et semble toute proche. Quelque derniers pas facile d’escalade et nous voici au sommet du Zinalrothorn ! Je suis impressionné de Tatiana qui n’a eu aucun soucis à la montée ! Je lui annonce donc que c’est elle qui va s’occuper de gérer la descente.
Une première arête en neige et en déescalade nous amène à la première tour. 3 petits rappels et on continue. On rattrape les 2 autrichiennes. Tatiana en connais une des deux. On les dépasse et discutons rapidement avec elles, elles sont visiblement fatiguées mais ont le grand sourire et heureuses d’être là. Passage classique du beau Rasoir puis suite de la descente facile.
Nous revoici à la cabane. Les français viennent d’arriver. Je leur demande si ils sont d’accord de nous faire le taxi de Zinal à Sierre: ils acceptent. Décidément cette sortie se passe incroyablement à merveille ! On boit une bière tous ensemble et nous nous motivons à retourner à la civilisation. Arrivés au torrent, la fatigue est palpable et on en a clairement un peu marre. Coup de chance incroyable: la gardienne du Petit-Mountet passe par là avec l’Isuzu. Elle s’arête et nous demande si nous voulons descendre avec elle. Avec joie nous acceptons. Ballottés sur le pont du Pick-Up nous arrivons heureux à Zinal après 2 jours incroyable sur ce magnifique sommet ! Dur retour à la civilisation !
Un immense bravo et un énorme merci Tatiana !